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![]() Lyonnais > Marion Lejeune et Mademoiselle Long
C’est en 1992 que Marion découvre Lyon et s’y installe pour faire la fête et apprendre un métier. Après 4 années d'études, BTS et DSAA en poche, et de multiples expériences professionnelles à Lyon ou Paris, Marion, 32 ans, décide de quitter Lyon pour aller rejoindre son amoureux expatrié à Pékin.
De là commence son aventure : la découverte du pays, l’apprentissage de la langue, la rencontre du peuple chinois et la mise en place au fil du temps de son savoir-faire français : l’architecture intérieure. Darcy l’a rencontrée lors d’une de ses escales en France : Darcy : Bonjour Marion, tout d’abord comment fait-on pour créer son entreprise en Chine ? Marion Lejeune : Il faut avouer que c’est un sacré labyrinthe au début ! C’est un pays tellement immense et en pleine effervescence, on est un peu perdu… Alors il faut se balancer, sortir dehors, marcher dans les rues, se confronter aux situations et aux gens, essayer d’apprendre la langue pour créer des liens et peu à peu cela prend forme… J’ai commencé par passer beaucoup de temps à errer dans les rues pour essayer de comprendre, de voir ce qui se passait à Pékin. Je me perdais dans les quartiers… Je suis immédiatement tombée amoureuse de la culture chinoise, de son architecture, de ses meubles, objets, de ses rites et références. Je me suis sentie tout de suite en harmonie avec ce peuple si dynamique et sympathique. Parallèlement j’observais la rapidité avec laquelle tout avance ici, je regardais les grues s’entremêler plus encore chaque jour, j’assistais à la destruction massive de quartiers si plein d’humanité et si poétiques… J’ai rapidement compris que je ne souhaitais pas être impliquée dans cette destruction et qu’au contraire j’avais envie de montrer aux chinois ce qui est pourtant si beau dans leur culture. C’est comme ça que mon travail a commencé. J’ai plongé dans l’univers des espaces et du mobilier chinois, j’ai choisi de leur parler de leur culture et de leur montrer qu’il ne s’agit pas de faire table rase du passé pour être moderne mais qu’au contraire on pouvait être résolument contemporain en associant des choses très différentes : la fusion, c’est toute la base de mon travail. Fusion dans le temps entre l’ancien et le moderne, fusion des styles entre l’orient et l’occident. Je savais que je mettrais plus de temps à rencontrer des chinois comprenant ma démarche et prêts à me suivre dans cette quête. Il aurait été tellement plus rapide pour moi de me présenter auprès de n’importe quel promoteur immobilier chinois richissime et de lui proposer les services d’un architecte d’intérieur européen. ![]() Ils en rafollent ici, on a une crédibilité immédiate car on apporte « la modernité de l’occident ». Mais non, je ne voulais pas orienter mon travail ainsi et être en désaccord avec moi-même. Je me disais que je ne pouvais décemment pas faire partie des destructeurs. Comment une Française peut-elle se permettre de venir en Chine pour détruire et apporter sa propre culture comme maître, unique référence valable ? Alors cela m’a demandé du temps mais à force d’errer dans les petites boutiques de mobilier traditionnel j’ai rencontré Wu Jian mon partenaire aujourd’hui, et puis d’autres ensuite et j’ai finalement réussi à m’entourer de chinois qui se posent des questions sur leur pays, leur culture et son avenir. Darcy : Qui est Mademoiselle Long ? M.L. : Le personnage : Mademoiselle Long c’est à la fois une dame mystérieuse que j’ai créée et pour laquelle je travaillerais, et c’est à la fois moi aussi, je joue de cette ambiguïté. Mademoiselle Long me plaît, elle a quelque chose d’onirique, je l’imagine de dos, on ne verrait jamais son visage, elle est allongée sur une méridienne Shanghaï années 30 et un dragon de fumée s’élève de son long porte-cigarette… Elle est influente et poétique… Distante et érotique… Visionnaire et cultivée… Son nom, son environnement, tout est Fusion. Elle est mon inspiration… Le travail : Les prestations de Mademoiselle Long visent à réaliser des créations porteuses de la modernité du style occidental mais ancrées dans la tradition chinoise. Mademoiselle LONG parle de la Chine AUJOURD’HUI au travers d’espaces, d’objets et de meubles d’identité singulière. Evoquer un mode de vie à la fois chinois, contemporain et pop ! Imaginez une très belle vieille console chinoise devant un mur peint rose pétard….. ![]() Darcy : La relation de travail avec les chinois est-elle difficile ? M.L. : Oui, c’est difficile parce que très différent de nos modes de réflexions et d’action. Les chinois ont leur propre mode de pensée qui leur vient de leur écriture d‘ailleurs, on le comprend par la suite. Ils ont leur propre mode de communication, je citerais un livre dont le titre est : Chine : Lorsque Oui veut dire NON, ou Peut-être, ou je ne sais pas… Il faut apprendre à lire dans les yeux des chinois ou décrypter des réponses du type : c’est parce que le fleuve impatient emporte… etc… Et puis il y a la question financière, les chinois sont les meilleurs commerçants du monde, ne jamais l’oublier… Il faut être dur en négociation et surtout extrêmement prudent, ne pas laisser trop entrevoir de réponse architecturale avant d’avoir conclu un contrat. A part ces deux points importants, et puis aussi peut-être la méthode, car c’est important de bien cadrer pour que tout avance comme il faut, la relation de travail est très vitalisante. Les chinois sont en pleine euphorie, pour eux ils se sont enfin ouverts au monde, ils ont une avidité de comprendre, de faire, de voir, d’avancer. Ils ont un espoir immense car ils sont au cœur d’une croissance folle, demain sera forcément meilleur qu’aujourd’hui… Et ça on le ressent tous les jours et ça fait un bien fou ! Surtout quand on voit, à distance, le raz le bol français. Vraiment je pense que travailler en Chine aujourd’hui me donne un élan que je n’aurais pas dans mon pays… En ce moment je veux dire, car je n’aime pas les discours fatalistes. Darcy : Que pensez-vous que puisse apporter un lyonnais à la Chine ? M.L. : Plein de choses. Pour moi Lyon c’est une ville chargée d’histoire et où il fait bon vivre. C’est une ville de plaisir et de qualité, la gastronomie, la soie, le patrimoine… C’est aussi une ville qui a parfaitement réussi en son centre le dialogue entre l’histoire et la modernité (l’opéra, le parking du théâtre des Célestions). C’est exactement le discours que je tiens tous les jours aux chinois que je rencontre. Darcy : Quels sont vos futurs projets ? M.L. : Actuellement je travaille sur une villa super luxe aux pieds de la grande muraille, sur des appartements et je sélectionne des usines pour des activités de B to B. Je dessine aussi du mobilier que je teste. Mon futur plus lointain sera je crois toujours en lien avec la Chine, même lorsque je rentrerais en France. Je suis marquée au fer rouge et je ne peux plus envisager mon travail à l’avenir sans cette culture et ce peuple. Darcy. : Comment voyez-vous votre retour un jour sur Lyon ? Pensez-vous avoir la même démarche inverse, c’est à dire apporter votre connaissance de la Chine au peuple français et lyonnais ? M.L. : Oui c’est effectivement mon projet. Je voudrais rapporter de Chine ce que j’aime et le faire découvrir pour apporter un peu d’air aux français. J’ai toujours entendu mon père dire «On devrait payer des voyages aux Français pour qu’ils aillent un peu voir ailleurs comment cela se passe !» C’est une manière d’ouvrir les cœurs et les esprits mais au travers d’espaces et d’objets… Je sens l’intérêt des Lyonnais pour les belles choses, je sais qu’ils seront sensibles à des histoires, à des formes, des matières et des couleurs. Mais je souhaite rapporter en France le regard de Mademoiselle Long sur la Chine, et sur la Chine d’AUJOURD’HUI. Quelque chose de personnel… Qui a une identité forte et un discours. Darcy : Et pour finir, le beaujolais et la quenelle vous manquent t’ils ? M.L. : Ouuuuuh que oui ! Je suis heureuse de vivre en Chine mais j’aime mon pays énormément et je ne l’ai jamais quitté. Il porte tous ceux que j’aime et qui me donnent la force de vivre loin. C’est parce que j’ai la chance d’être française et d’avoir fait des études et des expériences de qualité à Lyon que je sais exister tous les jours et proposer dans cette folie chinoise. Je ne l’oublie pas. Il faut savoir parfois partir un peu… Pour la contacter : Mademoiselle Long Chine : - Office : YongHe Imperial Garden, Villa 305, N°22 Jianchang Hutong, Annei Ave, Dongcheng District, 100007 Beijing CHINA Tel : 00 86 10 84 01 89 85 Mobile : 00 86 / 1352 278 4843 Mademoiselle Long France : - Office : 14, rue de l’arbre sec 69001 Lyon FRANCE Mobile : 00 33 / (0)6 98 15 13 68 marion@op-op.com http://www.mademoiselle-long.com Par Darcy, jeudi 30 mars 2006
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